vendredi 23 février 2007

clochette

La sortie de route fut inévitable. La voiture glissa et vint s'immobiliser au bord du fossé, devant le poteau signalant 12 km.
Heureusement, il y avait plus de peur que de mal. Même pas de tôle froissée, juste une stupide plaque de verglas qui s'était chargée de me donner une frousse bleue.
Et c'est au bord de la route que tout s'éclaira.
Quel imbécile j' étais.

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Je m'étais déjà retrouvé dans cette situation plusieurs fois. Quatre, pour être précis.
Quatre aberrations qui m'avaient valu plusieurs séances chez le psychothérapeute.
Ce type était bien sympa et avait fait tout ce qu'il pouvait en essayant de mettre des mots sur mes fantasmes. On s'était quitté en bons termes; je devais être guéri de mes divagations après plusieurs mois de suivi. « Arrêtez de vous prendre pour Peter Pan, m'avait -il lancé en rigolant. "Quittez votre enfance et le temps des rêves, avait-il ajouté à la dernière séance. Elle datait de deux ans.
Et voilà que ça m'avait repris, ce matin glacial.

Pourtant, tous les éléments étaient réunis pour me le rappeler: un lieu de culte, une cathédrale en l'occurence, la fille aux yeux clairs (et ce n'était pas la fée clochette), une clé, de voiture ou de maison, la fuite, une heure précise, l'isolement, les années soixante,...
Si ces ingrédients étaient réunis dans mes rêves, cela se produisait.
Chaque fois, je me réveillais convaincu d'avoir vécu, réellement, ce que je venais de rêver.
Je ne parvenais pas à faire la distinction entre rêve et réalité. Une sorte de doublement de la personnalité, une faculté à rendre réel mes rêves, avait tenté de pronostiquer très maladroitement le psychothérapeute.

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Je remis la voiture en route (je devrais dire sur la route), sans difficulté.
Quelque part, j'étais soulagé de savoir que c'était du pipeau. Par contre j'étais absolument consterné de savoir que ces rêves me hantaient à nouveau. Sans savoir pourquoi, alors que j'en étais soulagé depuis trois ans, que j'avais un boulot bien rémunéré à défaut d'intéressant, une compagne aimante, des projets de vacances pour l'été, je me retrouvais à nouveau plongé dans cette folie.
Sur le retour, je me demandais si je devais dès mon arrivée à l'appartement téléphoner au médecin pour refixer de nouveaux rendez-vous ou appeler le boulot pour justifier mon absence.
Je devais rapidement oublier les deux options.
En cherchant une place pour me garer, je vis que la police avait bouclé une partie de ma rue, précisément trois maisons contiguës. Dont la mienne!

mercredi 21 février 2007

Rendez-vous.

Quelques affaires rapidement entassées dans la voiture, quelques toussements de moteur, la montre du tableau de bord indiquait neuf heures quand la voiture se mit à démarrer.
Une fois passé l'embouteillage de Meiser, aggravé par des voitures de secours filant à toute allure sirènes hurlantes, je mis le turbot sur l'autoroute déjà débarrassée de la neige par la circulation du matin.
Je ne pensais pas mettre la radio, je me limitais à fixer la route et à retourner sans cesse les paroles de la mystérieuse inconnue dont je n'avais même pas eu la présence d'esprit de demander le prénom.
Pas besoin de mémo à mon âge, j'avais appris le papier par coeur. L'adresse que m'indiquait le billet de « la demoiselle » se situait dans un petit village flamand, à Bierbeek.
Drôle de lieu de rendez-vous, je ne m'attendais pas à une galante rencontre.
Ce fut pire.
Dans une rue aussi calme qu'un dortoir, ce que devait être ce village aux portes de Bruxelles, je tentai de repérer l'endroit précis. Entre deux petites maisons typiques des années soixante, en pierres rouges, rehaussées d'un toit d'ardoises, le numéro qu'elle m'avait indiqué n'existait pas. Ou plutôt, l'emplacement pour ce numéro était encore un terrain vague. Enneigé, avec vue sur les jardins contigus, mais terrain vague quand même.
Pas de mot, pas de pancarte, personne qui ne m'attende, j'avais l'impression (une impression?) de m'être fait piéger.
Les coups de sonnette chez les voisins ne m'aidaient pas, aucun d'entre eux n'était présent.
Trop tôt? Trop tard? Après une heure d'attente, la messe était dite. Je voulais rentrer, j'étais frigorifié.

Je n'allumai toujours pas la radio, mais les interrogations étaient encore plus nombreuses au retour. Par contre, au lieu de fixer la route, c'était la jeune prétentieuse au regard océan qui me fixait précisément.
Jusqu'à ce que son image se troublât et laissât place à une autre vision. Celle du fossé vers lequel je me dirigeais impitoyablement.

mardi 20 février 2007

Rencontre

Ma Mitsubishi Colt ne voulait pas démarrer. Rien d'étonnant. Le coup de froid n'était pas son coup de grâce, mais je devais m'armer de patience pour l'entendre à nouveau vombrir.
Pendant que je grattais la neige sur le pare-brise et tentais de lancer le moteur, je repensais à la veille, à l'élément déclencheur de cette fébrilité matinale.

Il était passé minuit, et comme d'habitude, le dernier bus venait de filer. La dernière séance de l'UGC De Brouckère que je venais de suivre terminait décidément trop tard pour la STIB. L'air se rafraîchissait mais ne présageait pas des chutes de neige quelques heures plus tard.

C'est en remontant à pied vers la cathédrale saints Michel et Gudule qu'elle est apparue.
Une jeune femme - la vingtaine?- m'accosta brutalement devant le perron.

- C'est vous, Lionel Raffin?
- On se connait? répondis-je tout aussi sec.
- Il était temps que je vous trouve. Vous devez partir de chez vous, pour neuf heures, dès aujourd'hui.
- Qu'est-ce que vous me racontez? Vous avez attrapé un coup de froid? Un coup de folie?
- Il en va de votre vie.
- Vous auriez pu me prévenir plus tôt, alors. Si vous connaissez mon nom, je suis dans l'annuaire.
- Ne soyez pas sarcastique. On ne me rencontre pas si facilement.

En quelques mots, elle m'agaçait déjà, avec son air bourré de certitudes, ses mystères et ses manies de femme fatale.
Pourtant, ses trois taches de rousseur délicatement posées sur son nez joliment retroussé, ses yeux bleu clair et son regard malicieux me transperçaient.

- Je n'ai pas le temps de tout vous expliquer; emportez tout ce que vous pouvez, quittez avant neuf heures le quartier place Meiser, prenez l'autoroute de Liège, et allez à cette adresse. C'est à trente kilomètres de Bruxelles.
Vous comprendrez là-bas.

A peine avais-je lu le billet qu'elle m'avait tendu, elle était déjà loin. En voulant la rattraper rue Treurenberg, il était trop tard, les petites rues entourant la cathédrale l'avaient déjà engloutie.
Le temps devenait glacial.
Qu'est-ce qui m'avait pris de l'écouter?

dimanche 18 février 2007

Démarrage!


Je ne suis pas un adepte de la voiture. La mienne croupit en bas de mon immeuble, sale, abandonnée. Déplacée une fois par mois, au maximum, histoire de la faire tourner.

Mais ce matin-là, je devais la prendre. Je n'avais pas le choix.
Et je ne risquais pas de l'oublier.

Il a fallu qu'il neige justement pendant cette nuit. Juste cette nuit, alors que l'hiver se terminait sans avoir vu un seul flocon sur Bruxelles.

Histoire de me rappeler que la journée ne serait jamais comme une autre...